Dépression hivernale : comprendre l’hiver à travers la psychologie et l’Ayurveda
Qu’est-ce qu’un véritable thérapeute holistique ?
Dépression hivernale : vision ayurvedique et jungienne
21 JANV. 2026
17 DÉC. 2025
Et si le “jour le plus triste de l’année” était plutôt une invitation à se rencontrer ?
Chaque année, à la mi-janvier, le terme Blue Monday revient comme une ritournelle : “le jour le plus triste de l’année”.
Certain·es le prennent avec humour, d’autres le redoutent. Et pour beaucoup, il réactive une réalité bien concrète : la dépression hivernale, ce ralentissement émotionnel, ce manque d’élan vital, ce besoin de se replier, parfois accompagné de fatigue, d’irritabilité ou d’une tristesse difficile à expliquer.
Mais si l’hiver n’était pas seulement une saison à traverser ?
Et si, au lieu de nous “casser”, il avait un message à nous transmettre, sur notre psychisme, notre rythme naturel, et même sur nos zones d’ombre ?
Je vous propose ici un regard croisé entre :
la psychologie, notamment la vision symbolique de Carl Gustav Jung ;
et l’Ayurveda, non pas comme un ensemble de règles, mais comme une sagesse du vivant, profondément reliée aux cycles de la nature.
1- Blue Monday : un concept controversé, une dimension bien réelle
Soyons clairs : le Blue Monday repose sur un calcul mêlant météo, finances post-fêtes, motivation en berne et résolutions abandonnées.
Il n’a aucune base scientifique solide.
Et pourtant, le vécu, lui, est réel.
En janvier, beaucoup de personnes ressentent :
✻ une fatigue plus marquée ;
✻une baisse de motivation ;
✻une sensation de vide ou de perte de sens ;
✻une fragilité émotionnelle accrue ;
✻des pensées plus sombres.
Ce n’est pas un hasard.
Dans une grande partie de l’Europe, janvier est le mois où :
✻ la lumière naturelle est faible ;
✻ les journées sont courtes ;
✻ le froid fige le mouvement ;
✻la vie sociale est réduite.
Le corps est au ralenti. Et l’esprit aussi.
2- Le manque de lumière : l’une des clés biologiques
Du point de vue de la psychologie moderne, la dépression saisonnière est souvent reliée à :
✻ la diminution de l’exposition à la lumière ;
✻ des perturbations du rythme circadien ;
✻ une modification de certains neurotransmetteurs (dont la sérotonine, fameuse “hormone du bonheur”) ;
✻ une augmentation de la mélatonine (hormone du sommeil), favorisant la somnolence.
La dépression hivernale n’est donc ni une faiblesse, ni un manque de volonté. C’est une réponse physiologique, hormonale et nerveuse à un changement profond de l’environnement. Le corps tend à hiberner.
Et l’énergie psychique descend.
Mais cette lecture, bien que juste, n’est pas suffisante.
Il existe une autre compréhension, plus profonde, plus symbolique.
3- Hiver et mouvement intérieur
En Ayurveda, l’être humain est indissociable de la nature. Ce que vit la terre, nous le vivons aussi.
En hiver les feuilles tombent, la sève descend, les animaux se retirent, le silence s’installe, et la lumière se raréfie. La nature ne disparaît pas. Elle se retire et entre en gestation. Notre organisme suit intuitivement la même logique : moins de lumière dehors = plus de nuit dedans.
C’est ici qu’émerge une vérité essentielle : en hiver, nous sommes biologiquement et psychiquement plus tournés vers nous-mêmes. Ce n’est pas une faiblesse. C’est un mouvement naturel.
La diminution de la lumière naturelle impacte directement la production de mélatonine et de sérotonine.
Résultat : le corps entre dans une forme de ralentissement biologique, parfois en décalage total avec les exigences du quotidien.
Car oui, notre monde moderne nous demande exactement l’inverse : rester performants, sourire, continuer “comme si de rien n’était”, ne pas ralentir, réfréner notre sensibilité. La souffrance apparaît alors, puique l’on lutte contre notre rythme intérieur qui demande simplment à être entendu.
4- Jung et la “nuit de l’âme” ou comment rencontrer l’Ombre
Carl Gustav Jung a apporté un concept fondamental : l’Ombre. L’Ombre n’est pas “le mal”. Elle est tout ce que nous avons mis de côté pour être acceptés : nos émotions jugées inappropriées, notre tristesse, notre colère, notre vulnérabilité, nos besoins, nos contradictions…
Très tôt, nous apprenons que pour être aimé, il faut être “comme il faut”. Alors nous cachons. Nous contrôlons. Nous tenons. Et puis vient l’hiver.
Quand la lumière baisse, l’inconscient se rapproche. Il devient plus accessible… et parfois plus bruyant.
Dans le langage jungien, l’hiver agit comme une porte symbolique vers le monde intérieur.
Et cette descente met naturellement en contact avec l’Ombre.
D’où ces ressentis fréquents :
✻ hypersensibilité ;
✻ pensées négatives ;
✻ souvenirs qui remontent ;
✻ émotions “sans raison” ;
✻ solitude existentielle.
5- L’acceptation de nos parts d’ombre.
Le problème n’est pas d’avoir des parts d’ombre. Le problème, c’est de les juger.
On croit que se sentir triste, ralenti, fragile est synonyme de régression, pire encore, de défaillance !
Alors on lutte. Et cette lutte crée une double douleur :
✻ la douleur émotionnelle naturelle ;
✻ la douleur du jugement, de la honte et de la résistance.
Jung le formulait ainsi :
“Ce à quoi tu résistes persiste.
Ce que tu accueilles se transforme.”
L’Ayurveda enseigne la même chose : la guérison commence par l’écoute de ce qui est là, sans violence. Accepter, c’est donc arrêter la guerre intérieure.
C’est pouvoir dire, sans se juger :
✻ “Je ressens de la tristesse” ;
✻“Je me sens plus fragile” ;
✻“Je suis fatigué·e” ;
✻“Je ne comprends pas tout”.
6- Quelques pratiques simples pour traverser cette période
Ralentir sans culpabilité
Posez-vous cette question :
“Et si mon rythme d’hiver était normal ?”
Planifiez moins. Réduisez la stimulation. Autorisez-vous plus de silence.
Créer de la lumière symbolique
Quand le soleil manque, créez une atmosphère lumineuse et réchauffante : bougies, lumières chaudes, rituels simples, marche quotidienne à la lumière du jour.
Écrire l’Ombre (inspiration jungienne)
Quelques amorces :
“Ce que je n’ose pas ressentir…”
“Ce que je cache…”
“Ce que je juge en moi…”
“Ce que j’aimerais qu’on comprenne…”
Écrire permet de sortir l’ombre de la confusion.
Conclusion
La dépression hivernale n’est pas un dysfonctionnement à corriger à tout prix, mais souvent une tentative d’adaptation du corps à un environnement plus exigeant, plus sombre, plus contraignant.
Elle invite à ralentir, à réajuster le rythme, à écouter ce qui fatigue ou ce qui déborde, plutôt qu’à forcer l’élan. Lorsque le corps n’est plus entendu, il finit par parler plus fort, parfois sous la forme d’une perte d’énergie, d’un repli ou d’un mal-être diffus.
Accueillir cette période comme un temps de transition permet de restaurer une forme de sécurité intérieure. C’est dans cette écoute fine, respectueuse des rythmes biologiques et émotionnels, que peut s’amorcer un véritable retour à l’équilibre, plus juste, plus durable, et profondément aligné avec la saison.